[Roman] Le Bruit des trousseaux

« Parfois je rêvais de la prison. Ce n’était pas des scènes précises mais plutôt des bruits, notamment ces bruits de clefs et de serrures, si particuliers, que je n’ai jamais entendus ailleurs. Je rêvais de sons, d’odeurs aussi, d’appels criés et qui résonnaient dans le quartier. Dans ces rêves-là, je ne savais pas si j’étais un détenu, ou autre chose. » Page 31

« Le bruit des trousseaux de clefs, des clefs longues et polies par les usages incessants. » Page 66

InstagramCapture_364b7b6f-7a08-4758-b065-046b457321a9Philippe Claudel a été prof en prison pendant 11 ans. Le Bruit des trousseaux est un livre qui regroupe des textes, de quelques lignes à quelques pages, pas plus, qui parlent du centre de détention, des prisonniers, de leur quotidien. C’est le seul ouvrage dit « adulte » de la sélection du prix littéraire du lycée François Villon car les autres sont Highline (>>>), Le garçon qui volait des avions (>>>), Le dernier ours (>>>) et Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon.

« Mon temps terminé, je sortais de la prison. Je ne sortais pas de prison. Jamais je n’ai senti aussi intensément dans la langue l’immense perspective ouverte ou fermée selon la présence ou l’absence d’un simple article défini. » Page 34

Ce livre est insolite à deux points de vue :

  • Le sujet. La prison n’est que peu traitée et cette approche fut très intéressante. Philippe Claudel la connaît bien, il peut en parler sous différents aspects : les prisonniers, le personnel, les visiteurs … Je n’ai lu qu’un seul livre qui parle de ce sujet : Une ado en prison de Marc Cantin.
  • La présentation. En effet, c’est encore plus court que des nouvelles qui s’enchaînent sans rien de plus qu’un saut de ligne et un alinéa.

Il a beau être dur – on sait bien qu’on ne se retrouve pas en prison pour avoir cueilli des fleurs – cet ouvrage est avant tout humain : les prisonniers ne sont pas des monstres au cœur de pierre. L’auteur retranscrit des conversations avec ces hommes. Évidemment les relations sont un peu particulières mais elles dégagent de la chaleur, de l’humanité.

« La politesse profondément humaine de quelques gardiens qui ne tutoyaient jamais les détenus, ne les insultaient pas, les appelaient ‘Monsieur’, sans ironie ni affectation. » Page 30

Ce qui a été pour moi le point négatif est le fait qu’il n’y ait pas d’histoire. Des récits qui nous laissent un peu sur notre faim, ou fin, du fait qu’ils soient très courts. On n’a donc pas vraiment le temps d’entrer dans le récit qu’il est déjà terminé.

« Le mot cellule : la plus petite unité du vivant. L’espace de l’enfermement. » Page 63 (totalité d’un paragraphe)

Le Bruit des trousseaux est donc un livre intéressant et insolite mais dont le découpage ne permet pas l’immersion dans le texte.

« La prison déjoue toutes les statistiques, les stéréotypes, les colonnes de chiffres rassurants. Elle ne fait que refléter le monde. Elle change avec lui. » Page 93

Le Bruit des trousseaux de Philippe Claudel aux éditions Le Livre de Poche

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